Le paysage de l’aviation américaine est confronté à un potentiel changement sismique. Après des années d’application stricte des lois antitrust sous l’administration Biden, la nouvelle administration Trump semble prête à adopter une position plus permissive en matière de consolidation des compagnies aériennes.

Le secrétaire aux Transports, Sean Duffy, a récemment signalé ce changement, soulignant que « le président Trump adore voir de grandes affaires se réaliser ». Cette déclaration marque un changement significatif par rapport aux récentes tendances réglementaires, où le ministère des Transports (DOT) a bloqué de manière agressive les tentatives de consolidation, comme l’échec de la fusion JetBlue-Spirit.

La situation actuelle : un marché fragile

L’impulsion en faveur d’une reprise des activités de fusion est motivée par la stabilité déclinante des petits transporteurs.
Spirit Airlines traverse actuellement sa deuxième faillite, soulevant de sérieuses questions sur sa capacité à survivre en tant qu’entité autonome.
JetBlue serait en train d’explorer son propre avenir, en pesant les implications antitrust d’une éventuelle acquisition par des acteurs majeurs comme United, Alaska ou Southwest.

Pour les grands transporteurs, la motivation est stratégique. Le PDG d’United Airlines, Scott Kirby, envisage depuis longtemps les avantages de l’expansion de l’empreinte de JetBlue, en particulier ses créneaux lucratifs à l’aéroport JFK de New York et une présence indispensable dans le sud-est. Même si Kirby s’est montré prudent quant aux complexités de l’intégration et de la tarification pour les consommateurs, son historique de gestion de fusions massives (notamment America West/US Airways et US Airways/American) suggère qu’il est bien placé pour gérer de telles transitions.

Le bras de fer réglementaire : DOT contre DOJ

Pour comprendre comment ces accords pourraient être conclus, il faut comprendre l’architecture juridique complexe qui régit l’aviation américaine. Alors que le ministère des Transports (DOT) détient le pouvoir d’accorder l’immunité antitrust aux alliances internationales, le ministère de la Justice (DOJ) détient le pouvoir statutaire d’examiner et de bloquer les fusions nationales.

Cette distinction est essentielle car les deux agences ont toujours été en désaccord :
1. Précédent historique : Au milieu des années 1980, le DOT a approuvé plusieurs fusions majeures (telles que TWA/Ozark) auxquelles le DOJ s’est opposé.
2. Le changement de 1989 : Le Congrès a finalement transféré l’autorité d’examen des fusions au DOJ, craignant que le DOT ne soit trop permissif en matière de consolidation.
3. Dynamique actuelle : Même si le secrétaire Duffy ne détient pas l’autorité juridique finale pour bloquer une fusion nationale, son influence est indéniable. Il sera une figure centrale des discussions qui façonneront la politique de l’administration.

La politique et la mentalité du « Big Deal »

Le changement de ton n’est pas simplement réglementaire ; c’est profondément politique. Les dirigeants de l’industrie s’efforcent visiblement de s’aligner sur les priorités de la nouvelle administration. Par exemple, Scott Kirby de United a notamment adapté son message d’entreprise pour l’aligner sur le climat politique actuel, une décision que de nombreux analystes considèrent comme un effort stratégique visant à faciliter la croissance future.

En outre, le récent départ du procureur général adjoint chargé de l’antitrust a laissé la division antitrust du DOJ sous une direction intérimaire. Ce vide de leadership, combiné à une Maison Blanche qui donne la priorité aux « gros contrats », crée une fenêtre d’opportunité pour les compagnies aériennes pour proposer des consolidations qui auraient été impensables il y a un an.

Ce qu’il faut surveiller

À mesure que l’administration s’installera, l’accent passera de l’ouverture théorique aux propositions concrètes. Le secrétaire Duffy a défini les critères d’approbation futures autour de trois piliers clés :
Concurrence : L’accord va-t-il étouffer ou améliorer la dynamique du marché ?
Impact sur le consommateur : Comment cela affectera-t-il le prix et le service des billets ?
Compétitivité mondiale : Des entités plus grandes et fusionnées permettront-elles aux compagnies aériennes américaines de mieux rivaliser sur la scène mondiale ?

Conclusion
L’ère du blocage antitrust agressif dans le secteur du transport aérien pourrait toucher à sa fin. Si l’administration Trump donne la priorité aux transactions d’entreprises à grande échelle et à la compétitivité mondiale, le marché américain de l’aviation se dirige probablement vers une période de consolidation significative.